HomeLe centenaire et la résurrection du directoirePagina 36

JPEG (Deze pagina), 512.20 KB

TIFF (Deze pagina), 4.02 MB

PDF (Volledig document), 17.54 MB

34 LE CENTENAIRE
soit trop tard. Le plaisir est inquiet, nerveux; ‘
les lieux de plaisir paraissent lugubres; et les
j oyeux félards ont ordinairement l’air déguisés
<< en Un qui s’embête à mort. >>
Un trail; commun relie les deux époques: le
cabotinage. Il faut, pour jouir, une galerie;
qu’elle conspue ou qu’elle applaudisse, il n’im­
porte, pourvu qu’elle regarde.Pas de vrai plaisir ·
. sans scandale: la prudente formule de Tartufe
sufürait à ale perdre auprès d’Elmire.
Au fond, sous le cynisme et les bravades,
l’esprit est vain, l’àme est vide.
Le regime ne tient debout que par miracle :
parce qu’il ne se trouve personne pour l’abat­
tre. De 1795 à 4799, les rapports de police et
les discours politiques signalent « le sommeil
létliargique de l’esprit public; qu’une torpeur
effrayante s’est emparée des esprits;qu’on s’ha­
bitue a ne rien croire, à ne rien sentir, à ne
rien faire >>. Des milliers de lois et de décrets
s’entassent, inutilement violents, impuissants
contre la force d’inertie universelle.
Le scepticisme et l’apatl1ie de ce temps-ci
t deconcertent une seconde fois Pobservateur.
Les cataclysmes financiers, les déroutes de la
Justice, les naufrages de l’honneur, même
les hécatombes coloniales n’éveillent rien
dans l’àme populaire, rien qu’une badauderie