HomeL' orientation nouvelle du mouvement FlamandPagina 12

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illusions romantiques et faisaient fi d’une modération qui adapterait
leurs idéals à la réalité. Il leur manquait néanmoins l’enthousiasme de
j la jeunesse et la fascinante certitude d’atteindre, eux, le but si longtemps _‘
ï poursuivi. Et leur humeur bruyante, quelque peu inconsidérée, devint le
gg vacarme romanesque -­g ,,bombarie" - du mouvement linguistique,
1; qu’August Vermeylen déplorait déjà, voici vingt ans. .
Je respecte la personne de ces ilamingants, car je sais qu’ils se lais·
l. seraient mettre en pièces pour leurs convictions; mais eux­mêmes, qui,
jg somme toute, veulent être champions de la vérité et de la sincérité, ne
peuvent prendre de mauvaise part que je me demande en conscience:
1; Existe­t-il au monde un groupe d’hommes qui se grisent de leur ver-
bosité et de leur éloquence autant que ces Flamands·là? Vit­on jamais
gi ailleurs jongler à ce pointravec des idéals, aux formes déliquescentes, se
volatisant au premier contact des réalités qu'elles auraient dü enve·
al lopper?...'. Ou faisait­on parades plus ernphatiques en l’honneur des "
grands ancêtres, dont on ne se rendait guère digne? Et comme elle
` était méridionale, l'importance attachée aux manifestations! Ah! certes, ces ~ JR?
manifestations étaient belles à voir et à entendre: il y avait le flottement ~
des bannières multicolores, les rumeurs et les chants de la foule, le carillon- r
li nement des belïrois, et, par dessus tout, le verbe sonore des orateurs. ~
j Et il était plus exquis encore d'y prendre part, d'y jouer son róle et
g de rêver qu'on communiait avec l°äme de la Flandre. Les orateurs célé- "
à braient à l"envie ,,la volonté du peuple entier", et les comptes rendus
j parlaient d'une ,,mer de peuple”. On semblait oublier, néanmoins, que,
` dans une ville, une manifestation de cirrq à dix mille Flarnands défilait
l sous les regards froids et indifïérents de dizaines, de centaines de mille
i _ autres Flamands; on ne se demandait pas qui formait ,,la mer de peuple"; .
ä et nul ne songeait, que cette bruyante vague d’enthousiasme, à peine
propagée, expirerait bientöt sur le plat rivage de la réalité. W
j La réalité? J A
Q Les classes populaires inférieures, précisément celles envers qui les
ll champions de la lutte linguistique nourrissent le plus d’intentions al- ‘
i truistes, demeurèrent dans leur train ‘de vie routinier, courbées sur la ·
1 glèbe, vouées au labeur de chaque jour. A elles, le gros travail pour la ‘ A
croüte de pain; à elles, la production à petit bénéfice des produits bruts;
Q chez elles, faute d’aspirations au perfectionnement intellectuel, l’appétit
des délassements grossiers. Les ouvriers ne voulaient guère le mouve­
mx ment flamand, incompris d'eux et incompréhensible, parce que leur vie _
F se mouvait trop en dehors de l’orbite flamingante. .
i La petite bourgeoisie avait quasi perdu tout sentiment d’amour­propre Nt
. et prenait plaisir à imiter sottement les classes supérieures. gj;
ij Les gens instruits, les grands industriels, les magistrats, les riches, ies l_ .,3
Q hommes politiques, tous ces dirigeants efïectifs du peuple, ne dédaignaient
ä pas les intérêts des humbles, mais ne comprenaient pas assez leur devoir _ 5
j de posséder la langue qui assurerait l’accord fécond de leurs relations
avec le peuple. Ils demeuraient enfermés dans leur forme de culture
j française et regardaient de haut en bas le mouvement flamand. A peine
,‘ en entendaient­ils ce que leur en apportait, par bouffées, l’écho d’une
F rumeur assez bruyante pour pénétrer jusqu’ à eux. En fait, ils ne con-
~ naissaient guère le mouvement flamand. Seuls, et surtout par nécessité `_ t
`. électorale, les dirigeants politiques prêtaient l’oreille à la voix­des cham-
p i pions de la langue flamande. Les Flamands qui recherchaïient des relations t
L ~_ dans les milieux cultivés de leur propre peuple, adoptaient la langue
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